Timor Leste
lundi 16 février 2026, par
Un espoir dans un petit pays
Hope in a small country
Timor Leste.
Pourquoi écrire sur ce petit pays perdu dont l’auteur de ces lignes a déjà tout dit le 2 juillet 2023 ? Il ne s’y passe rien, personne n’y va, il n’y a que peu d’habitants sur ce lointain morceau d’île plus près de l’Australie que de l’Asie du Sud-Est dont il est le pays le plus à l’Est et puis les foucades du Président des États-Unis dont les commentateurs se demandent doctement quelle sera la prochaine, c’est quand même plus intéressant, non ?
Eh bien, non, justement car voilà un pays dont le Président est, lui, prix Nobel de la paix depuis longtemps alors que M. Trump attend toujours. Le Président Horta a obtenu cette distinction en 1996, non pas parce qu’il avait résolu des conflits extérieurs mais pour avoir vaillamment résisté à l’invasion de son pays par son gourmand voisin.
Ce qui vient de se passer, ignoré de la plupart de nos lecteurs, est l’admission de Timor Leste au sein de l’ASEAN le 26 octobre 2025. Ce sera le 11ème pays-membre et probablement le dernier. Sous les applaudissements des chefs d’État et de gouvernements réunis comme de coutume en sommet, cette fois à Kuala Lumpur, capitale de la Malaisie, le Président José Ramos-Horta et le Premier ministre Xanana Gusmao s’en sont félicités, d’autant que Timor Leste avait fait acte de candidature dès 2011.
Pourquoi un tel délai, inhabituel ? Parce que l’Indonésie et quelques autres s’y était constamment opposés, ne supportant pas que le pays qui avait été envahi par son grand voisin en 1975 et qui avait résisté, au prix de centaines de milliers de morts, ait quand même obtenu l’indépendance en 2002.
Voilà donc Timor Leste enfin membre de l’ASEAN, mais qu’est-ce que cela va lui apporter ? Plus précisément, 1/ qui sont et que font les principaux bailleurs ? 2/ quels marchés vont s’ouvrir à lui ?
3/ que va-t-il gagner en terme de réputation internationale ?
Les informations pour répondre à ces questions sont fragmentaires mais on peut tenter d’y répondre.
1/ L’Australie, la Banque Asiatique de Développement, l’Union européenne et le Japon sont les principaux bailleurs, la Chine est en augmentation. Mais il faut constater, surtout à la lumière des palinodies américaines et du peu d’intérêt d’autres pays fortunés, que ce gouvernement fait de son mieux pour compter d’abord sur lui-même.
Il s’efforce de bâtir une économie plus résistante dans cette Asie des moussons et de réduire la dépendance vis-à-vis du pétrole : d’abord améliorer le sort de tous.
Le programme de développement du Timor-Leste s’appuie sur son Plan de développement stratégique 2011-2030, qui donne la priorité au capital social (santé, éducation, protection sociale), aux infrastructures de base et à la diversification au-delà du pétrole, tout en alignant les dépenses sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) adoptés par les Nations Unies.
Les principaux investissements réalisés avec les partenaires de développement comprennent des routes résistantes au climat, des projets majeurs dans les domaines de l’eau, de l’assainissement, de l’énergie, de l’urbanisme, de l’éducation et de la santé, ainsi que l’agrandissement et la modernisation de l’aéroport de Dili afin d’améliorer la connectivité internationale nécessaire au tourisme et au commerce.
Ces efforts sont également financés par le gouvernement par le biais du Fonds pétrolier, un fonds souverain d’environ 19 milliards de dollars américains qui sépare les recettes pétrolières du budget et est destiné à soutenir à la fois le développement actuel et les générations futures, alors que certains avertissent qu’il pourrait être épuisé en 2038 sans une croissance non pétrolière plus forte et une discipline budgétaire. Les gisements de Bayu-Undan étant désormais épuisés, le gouvernement cherche à faire avancer de nouveaux projets pétroliers et gaziers, notamment le projet Tasi Mane, le développement Greater Sunrise et la transition Bayu-Undan, en équilibrant leur potentiel avec la nécessité d’éviter une dépendance excessive aux hydrocarbures.
2/ Ouverture de marchés : c’est sans doute en ce domaine que ce petit pays, l’un des plus pauvres du Sud-est asiatique, a le plus à gagner. Faire partie de l’ASEAN, c’est accéder à une économie de 3800 Milliards de $ et 680 million de personnes alors qu’il ne compte que 1,9 Milliards de Produit Intérieur Brut (PIB) rapporté à 1 521 000 personnes. La centralité de l’ASEAN, obsession de ses membres, fait qu’en être membre donne l’occasion de côtoyer non seulement les 10 autres membres alors que le Timor Leste se situe à son extrémité orientale, plus près de l’Australie que de l’Indonésie, de loin le membre démographiquement le plus important mais dont la capitale Jakarta se trouvé à 4500 km de Dili.
Cela signifie
– davantage d’opportunités pour les entreprises locales de se développer et d’exporter, en particulier dans les domaines de l’agriculture (café, épices, horticulture), du tourisme et des services numériques.
– davantage d’investissements étrangers et d’emplois
L’adhésion à l’ASEAN contribuera à attirer des investisseurs étrangers qui apporteront des capitaux, des technologies et un savoir-faire. Cela permettra de créer davantage d’emplois, en particulier pour les jeunes, et contribuera au développement de secteurs importants tels que le tourisme, les transports et les services numériques.
l’amélioration des infrastructures et de la connectivité. L’adhésion à l’ASEAN permettra au Timor-Leste d’améliorer plus facilement ses routes, ses ports, ses aéroports et son accès à Internet. Cela aidera les entreprises à fonctionner plus efficacement et facilitera la visite du pays par les touristes et les investisseurs.
Le soutien aux petites et moyennes entreprises (PME) va être amélioré par l’accès aux programmes de l’ASEAN qui offrent des formations, des compétences numériques et des moyens plus faciles pour commercer avec d’autres pays. Ce soutien peut aider les entrepreneurs locaux à se développer et à être compétitifs au niveau régional.
La commercialisation sera moins coûteuse et plus rapide grâce aux accords et systèmes commerciaux de l’ASEAN (tels que le guichet unique de l’ASEAN) : ceux-ci rendront l’importation et l’exportation de marchandises plus simples, moins coûteuses et plus rapides. Cela signifie que les entreprises pourront gagner du temps et de l’argent lorsqu’elles commerceront avec d’autres pays de l’ASEAN.
– les professionnels et les étudiants timorais auront davantage d’opportunités de travailler, d’étudier et de se former dans d’autres pays de l’ASEAN. Cela leur permettra d’acquérir des compétences et de l’expérience qu’ils pourront ensuite mettre à profit au Timor-Leste.
– l’adhésion à l’ASEAN permettra au Timor-Leste d’être davantage visible en tant que destination touristique, la pratique montrant que beaucoup de voyages incluent le passage par d’autres destinations touristiques voisines bien connues comme Bali. Les campagnes touristiques régionales et la facilitation des déplacements au sein de l’ASEAN peuvent attirer davantage de visiteurs, ce qui stimulera les entreprises locales et créera des emplois dans les secteurs de l’hôtellerie et du tourisme.
3/ Réputation internationale : le Président et le Premier ministre ont profité du déplacement à Kuala Lumpur pour aller à Delhi rencontrer à nouveau le Président de « la plus grande démocratie du monde ». Et pourtant MM Horta et Gusmao sont très surveillés par leur opinion interne : il ne s’agit pas de dépenser l’argent public inconsidérément. Au-delà de cet exemple, Timor Leste va gagner une voix plus forte dans les discussions régionales et mondiales et une reconnaissance internationale. N’oublions pas à cet égard que chacune des désormais 11 Présidences tournantes offre chaque année au pays qui accueille le sommet des chefs d’État et de gouvernement l’occasion d’accueillir bien entendu les autres membres de l’ASEAN mais aussi des pays de plus en plus nombreux puisqu’on y trouve pour l’heure le Japon, la Chine et la Corée du Sud (ASEAN + 3) auxquels s’ajoutent l’Australie, la Chine, la Nouvelle-Zélande, la Russie et les États-Unis.
Une des rares démocraties de la région, Timor Leste contribue à y maintenir la paix et la stabilité.
Conclusion : petit, pauvre et lointain, voilà un pays qui ne menace personne et dont l’inclusion dans la société internationale offre un rare espoir de progrès à l’heure où les grands semblent privilégier l’autoritarisme.
Il est de bon ton ces derniers temps de charger de tous les maux la mondialisation. Timor Leste ne montre-t-elle pas au contraire qu’il est préférable de sortir avec ténacité de l’isolement et de s’intégrer à un ensemble plus vaste qui respecte les identités, particulièrement nombreuses et diverses dans l’ASEAN, qui lui permet à la fois de mieux exporter ses produits et de diversifier ses occasions de dialogue politique ?
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Timor-Leste.
Why write about this remote little country, about which the author of these lines already said everything there was to say on 2 July 2023 ? Nothing happens there, no one goes there, there are few inhabitants on this remote piece of island closer to Australia than to Southeast Asia, of which it is the easternmost country, and then there are the whims of the President of the United States, whose commentators ponder learnedly what his next move will be. That’s more interesting, isn’t it ?
Well, no, precisely because this is a country whose President has long been a Nobel Peace Prize laureate, while Mr. Trump is still waiting. President Horta received this distinction in 1996, not because he had resolved external conflicts, but for having valiantly resisted the invasion of his country by its greedy neighbour ?.
What has just happened, unbeknownst to most of our readers, is the admission of Timor-Leste into ASEAN on 26 October 2025. It will be the 11th member country and probably the last. To the applause of the heads of state and government gathered as usual at a summit, this time in Kuala Lumpur, the capital of Malaysia, President José Ramos-Horta and Prime Minister Xanana Gusmao welcomed the decision, especially since Timor-Leste had applied for membership in 2011.
Why such an unusually long delay ? Because Indonesia and a few others had consistently opposed it, unable to accept that the country its big neighbour had invaded in 1975 and which had resisted at the cost of hundreds of thousands of lives had nevertheless gained independence in 2002.
So Timor-Leste is finally a member of ASEAN, but what will this bring ? More specifically, 1/ who are the main donors and what do they do ? 2/ what markets will open up to it ?
3/ what will it gain in terms of international reputation ?
The information available to answer these questions is fragmentary, but we can attempt to answer them.
1/ Australia, the Asian Development Bank, the European Union and Japan are the main donors, with China increasing its contribution. However, it should be noted, especially in light of the United States’ flip-flopping and the lack of interest from other wealthy countries, that this government is doing its best to rely primarily on itself.
It is striving to build a more resilient economy in this monsoon-prone part of Asia and to reduce dependence on oil : first and foremost, to improve the lot of all.
Timor-Leste’s development programme is based on its 2011-2030 Strategic Development Plan, which prioritises social capital (health, education, social protection), basic infrastructure and diversification beyond oil, while aligning spending with the Sustainable Development Goals (SDGs).
Key investments made with development partners include climate-resilient roads, major projects in water, sanitation, energy, urban planning, education and health, and the expansion and modernisation of Dili Airport to improve the international connectivity needed for tourism and trade.
These efforts are also funded by the government through the Petroleum Fund, a sovereign wealth fund of approximately US$19 billion that separates oil revenues from the budget and is intended to support both current development and future generations, although some warn that it could be depleted by 2038 without stronger non-oil growth and fiscal discipline. With the Bayu-Undan fields now depleted, the government is seeking to advance new oil and gas projects, including the Tasi Mane project, the Greater Sunrise development and the Bayu-Undan transition, balancing their potential with the need to avoid excessive dependence on hydrocarbons.
2/ Opening up markets : it is undoubtedly in this area that this small country, one of the poorest in Southeast Asia, has the most to gain. Being part of ASEAN means access to an economy worth $3.8 trillion and 680 million people, compared to its own GDP of just £1.9 billion, shared among 1,521,000 people. The centrality of ASEAN, an obsession for its members, means that membership provides an opportunity to rub shoulders not only with the 10 other members, even though it is located at its eastern end, closer to Australia than to Indonesia, by far the most populous member but whose capital Jakarta is 4,500 km from Dili. This means
– more opportunities for local businesses to grow and export, particularly in agriculture (coffee, spices, horticulture), tourism and digital services.
– more foreign investment and jobs
ASEAN membership will help attract foreign investors who will bring capital, technology and know-how. This will create more jobs, particularly for young people, and contribute to the development of important sectors such as tourism, transport and digital services.
– improved infrastructure and connectivity. ASEAN membership will make it easier for Timor-Leste to improve its roads, ports, airports and internet access. This will help businesses operate more efficiently and make it easier for tourists and investors to visit the country.
– Support for small and medium-sized enterprises (SMEs) will be improved through access to ASEAN programmes that offer training, digital skills and easier ways to trade with other countries. This support can help local entrepreneurs grow and compete regionally.
Marketing will be less expensive and faster thanks to ASEAN trade agreements and systems (such as the ASEAN Single Window) : these will make importing and exporting goods simpler, less expensive and faster. This means that businesses will be able to save time and money when trading with other ASEAN countries.
– Timorese professionals and students will have more opportunities to work, study and train in other ASEAN countries. This will allow them to gain skills and experience that they can then put to good use in Timor-Leste.
– ASEAN membership will raise Timor-Leste’s profile as a tourist destination, as experience shows that many trips include visits to other well-known tourist destinations in the region, such as Bali. Regional tourism campaigns and the facilitation of travel within ASEAN can attract more visitors, which will stimulate local businesses and create jobs in the hospitality and tourism sectors.
3/ International reputation : the President and Prime Minister, who do not often leave their country, took advantage of their trip to Kuala Lumpur to go to Delhi to meet once again with the President of ‘the world’s largest democracy’. And yet Mr Horta and Mr Gusmao are closely monitored by their domestic public opinion : it is not a question of spending public money recklessly. Beyond this example, Timor-Leste will gain a stronger voice in regional and global discussions and international recognition. Let us not forget that each of the now 11 rotating presidencies offers the country hosting the summit of heads of state and government the opportunity to welcome not only the other ASEAN members, but also an increasing number of other countries, including Japan, China and South Korea (ASEAN + 3), as well as Australia, China, New Zealand, Russia and the United States.
As one of the few democracies in the region, Timor-Leste contributes to maintaining peace and stability.
Conclusion : small, poor and remote, this is a country that poses no threat to anyone and whose inclusion in the international community offers a rare hope for progress at a time when the largest countries seem to favour authoritarianism.
It has become fashionable lately to blame globalisation for all evils. Doesn’t Timor-Leste show, on the contrary, that it is preferable to tenaciously break out of isolation and integrate into a larger entity that respects identities, particularly numerous and diverse in ASEAN, which allows it both to better export its products and to diversify its opportunities for political dialogue ?