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Démographie/Demography

mercredi 16 juillet 2025, par Yves

La démographie reste importante/ Demography is still important

Un ami économiste népalais, Sujeev Shakya, à la tête de son entreprise New Economic Forum et invité au Cercle des économistes à Aix en Provence, est à l’origine de cet article qu’il vient de publier sur sa plate-forme et qui est déjà dans la revue de presse de l’ambassade de France au Népal, merci à lui !
Voici mon texte d’origine. Bonne lecture !

A Nepalese economist friend, Sujeev Shakya, who runs his company New Economic Forum and is a guest at the Cercle des économistes in Aix-en-Provence, is behind this article, which he has just published on his platform and which is already in the press review of the French Embassy in Nepal, thanks to him !
Here is my original text. Have a good reading !

« Il n’est de richesses que d’homme »
Jean Bodin, célèbre économiste français du 16ème siècle (1530-1596) l’écrivait déjà, la formule a été reprise au cours des siècles. Certes, la richesse économique a son importance et le même économiste a également écrit « La théorie quantitative de la monnaie » mais pour les dirigeants, la démographie de leur pays reste une mesure essentielle de la puissance. Quelques exemples en attestent.
1/ La France des années 1930 voyait sa population diminuer alors que celle de son rival l’Allemagne augmentait, c’est d’ailleurs une des raisons de la victoire initiale de Berlin en 1940. Les gouvernements français successifs, pour lutter contre le phénomène, ont mis en place une politique nataliste qui a surtout fonctionné après la 2ème guerre mondiale mais n’a pas empêché une baisse récente du taux de fécondité : « La France écrit Pierre Buhler dans « Questions internationales » d’avril-mai 2025, qui affichait un taux de fécondité de deux enfants par femme il y a une décennie encore, a vu cet indicateur tomber à 1,62 en 2024. Seule consolation, le même auteur note que des pays naguère très prolifiques comme l’Italie, l’Espagne, la Pologne et la Grèce se situent à un niveau encore plus faible.
2/ Le Président français actuel a annoncé le 16 janvier 2024 des mesures pour relancer la natalité et un "grand plan" contre l’infertilité (FranceInfo du 17/1/2024), évoquant même un « réarmement démographique ». L’avenir dira si cela fonctionne…
3/ Déjà, en 2000, lors du sommet de l’Union européenne (UE) à Nice, l’auteur de ces lignes a été témoin de l’acharnement du Président Chirac à préserver la parité du nombre de voix dans la prise de décision au sein de de l’UE.
Au lendemain de la réunification de l’Allemagne (1989), il était vital pour lui comme pour l’essentiel de l’opinion et de la classe politique que la France, malgré une population moins nombreuse, préserve la parité avec son voisin de l’Est, et cela occupa une bonne partie du temps lors de ce sommet.
4/ Il faut dire que dans cet Objet Politique Non Identifié (OPNI) qu’est l’unification européenne, selon la formule qu’employa le Président de la Commission europénne pendant 10 ans (1985-1995), Jacques Delors, le processus de décision, quelque peu complexe, n’a cessé d’évoluer mais toujours en élargissant les compétences juridiques de l’Union, malgré les sarcasmes de ses contempteurs – ils ont été nombreux, le plus célèbre étant Henry Kissinger la ridiculisant de son « l’Europe, quel numéro de téléphone ? ».
Sans trop entrer dans le détail d’un processus long et complexe, les Etats-membres ont toujours été maîtres du processus de décision de l’UE, à l’inverse de ce que prétendent les partis politiques europhobes, pour qui l’Union européenne condamne les souverainetés nationales. En réalité, les Etats agissent à toutes les étapes de la prise de décision européenne, de l’impulsion politique jusqu’à l’entrée en vigueur des mesures, notamment au sein de deux des sept institutions de l’UE, le Conseil de l’Union européenne et le Conseil européen.
Le Conseil de l’UE s’organise autour de 10 formations thématiques, dans lesquelles se retrouvent les ministres des 27 Etats membres en charge de ces questions (par exemple les ministres de l’Environnement pour une législation sur les émissions de polluants dans l’air).
Mais avant cette étape, ce sont les experts des groupes de travail et des comités (ils forment les "instances préparatoires du Conseil") qui effectuent les premières réflexions. Ces instances sont formées de fonctionnaires des institutions européennes ainsi que de représentants des Etats membres.
Ces travaux sont ensuite transférés aux Coreper I ou II (le I traite les questions techniques et le II les questions politiques), composés des représentants permanents nationaux auprès de l’UE (ou de leurs adjoints pour le Coreper I).
Chaque Etat membre dispose d’une ambassade-représentation permanente auprès de l’UE et le compromis adopté par le Coreper est transmis préalablement aux réunions du Conseil de l’UE, qui rassemble les ministres des Etats membres. L’institution prend sa décision à la majorité qualifiée (chaque Etat membre a une voix pondérée en fonction de son poids démographique) ou à l’unanimité, selon le domaine. Si le Conseil apporte des modifications, le texte revient au Parlement européen pour une seconde lecture, sinon il est adopté.
Quand le Conseil ne parvient pas à se prononcer, la procédure reste néanmoins suspendue à sa décision. Certains textes restent ainsi plusieurs mois dans l’attente d’une position, voire ne franchissent pas cette étape. A ce stade, le Conseil européen, constitué des chefs d’Etat et de gouvernement, est donc l’institution qui a le dernier mot sur le texte, donne les impulsions politiques générales de l’UE et joue un rôle d’arbitre pour les questions difficiles. Les décisions y sont prises par consensus, notamment du cadre financier pluriannuel sur lequel se fondent les dépenses et les ressources de l’UE pendant sept ans. Et plus largement de toute modification des traités. Ce qui donne à chacun des Vingt-Sept un poids déterminant sur les futures politiques de l’Union européenne.
5/ La France et l’Allemagne ont un poids important dans la définition des politiques européennes. Du fait de leur histoire commune, la réconciliation des deux pays étant notamment à l’origine du projet européen. Mais aussi pour des raisons démographiques, économiques et géopolitiques. Ces deux pays sont respectivement les première et deuxième économies de l’UE et possèdent également le plus grand nombre de députés au Parlement européen (96 pour l’Allemagne et 81 pour la France, sur un total de 720). Pour ces raisons, il est de coutume que les deux pays s’entretiennent avant l’ouverture du Conseil et se concertent pendant celui-ci.

6/ Changeons de continent : le Président Trump n’oublie pas la démographie, à sa manière ; sa rhétorique et sa politique prennent particulièrement pour cible les femmes, les Latinos et les immigrants et il les verrait bien moins nombreux.
Mais il est habitué aux contradictions. Son administration envisagerait différentes propositions politiques visant à augmenter le taux de natalité, notamment un « bonus bébé » de 5 000 dollars, une « médaille de la maternité » pour les femmes ayant six enfants ou plus, un engagement à réserver 30 % des bourses Fulbright aux candidats mariés ou ayant des enfants, et une éducation menstruelle financée par le gouvernement pour apprendre aux femmes et aux jeunes filles à quel moment elles sont le plus à même de tomber enceintes. Autre aspect de sa politique, le « Président de la fécondation » qu’il dit vouloir être (« Nous allons avoir des taux de fécondation très élevés, très importants... ») a supprimé le 1er avril le département fédéral chargé de suivre les progrès de la fécondation in vitro ( FIV) à travers les États-Unis. Les six chercheurs qui composaient l’équipe de surveillance des techniques de procréation assistée des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont fait partie des licenciements massifs opérés par son administration dans l’ensemble du département de la santé et des services sociaux.

Pour conclure provisoirement, le Président américain, comme tant d’autres, considère qu’une politique nataliste, donc anti-malthusienne, afin que son pays compte la population la plus nombreuse possible, est souhaitable. Comme pour le Président français, l’avenir dira si cela fonctionne !

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« There is no wealth but man »
Jean Bodin, the famous French economist of the 16th century (1530-1596), wrote that there is no wealth but man. Of course, economic wealth is important, and the same economist also wrote ‘The Quantitative Theory of Money’, but for leaders, the demography of their country remains an essential measure of power. Here are a few examples.
1/ In the 1930s, France’s population was falling while that of its rival Germany was rising, which was one of the reasons for Berlin’s initial victory in 1940. Successive French governments, in order to combat this phenomenon, have implemented a pro-natalist policy that worked particularly well after the 2nd World War, but has not prevented a recent fall in the fertility rate : ‘France, which had a fertility rate of two children per woman a decade ago, saw this indicator fall to 1.62 in 2024,’ writes Pierre Buhler in ‘Questions internationales’ in April-May 2025. The only consolation is that the same author notes that countries that were once very prolific, such as Italy, Spain, Poland and Greece, are now at an even lower level.
2/ On 16 January 2024, the current French President announced measures to boost the birth rate and a "major plan" to combat infertility (FranceInfo, 17/1/2024), even referring to "demographic rearmament". Time will tell whether this works...
3/ Back in 2000, at the European Union (EU) summit in Nice, the author of these lines witnessed President Chirac’s determination to preserve parity in the number of votes in EU decision-making.
In the aftermath of German reunification (1989), it was vital for him, as it was for most of public opinion and the political class, that France, despite having a smaller population, maintain parity with its eastern neighbour, and this took up much of the time at the summit.
4/ It has to be said that in this Unidentified Political Object (UPO) that is European unification, as Jacques Delors, President of the European Commission for 10 years (1985-1995), put it, the somewhat complex decision-making process has never ceased to evolve, but always by extending the Union’s legal competences, despite the sarcasm of its contemptuous critics - of whom there have been many, the most famous being Henry Kissinger, who ridiculed it with his "Europe, what telephone number ?
Without going into too much detail about a long and complex process, the Member States have always been masters of the EU decision-making process, contrary to the claims of Europhobic political parties, who believe that the European Union condemns national sovereignty. In reality, the Member States are involved at every stage of the European decision-making process, from the political impetus to the entry into force of measures, notably within two of the EU’s seven institutions, the Council of the European Union and the European Council.
The EU Council is organised around 10 thematic configurations, which bring together the ministers of the 27 Member States responsible for these issues (for example, the environment ministers for legislation on air pollutant emissions).
But before this stage, it is the experts in the working groups and committees (they form the "Council preparatory bodies") who do the initial thinking. These bodies are made up of officials from the European institutions and representatives of the Member States.
This work is then transferred to Coreper I or II (I deals with technical issues and II with political issues), made up of the national permanent representatives to the EU (or their deputies for Coreper I).
Each Member State has a permanent Embassy-representation to the EU, and the compromise adopted by Coreper is forwarded in advance of the meetings of the Council of the EU, which brings together the ministers of the Member States. The Council takes its decisions by qualified majority (each Member State has one vote weighted according to its demographic weight) or unanimously, depending on the area. If the Council makes changes, the text returns to the European Parliament for a second reading, otherwise it is adopted.
When the Council is unable to reach a decision, the procedure nevertheless remains suspended pending its decision. As a result, some texts remain pending for several months, or even never make it through this stage. At this stage, the European Council, made up of the Heads of State and Government, is the institution that has the final say on the text, gives general political impetus to the EU and acts as referee on difficult issues. Decisions are taken by consensus, notably on the multi-annual financial framework, which provides the basis for EU spending and resources over the next seven years. And, more broadly, any changes to the Treaties. This gives each of the twenty-seven Member States a decisive say in the European Union’s future policies.
5/ France and Germany have a major say in defining European policies. This is because of their shared history, the reconciliation of the two countries being at the origin of the European project. But also for demographic, economic and geopolitical reasons. The two countries are the EU’s largest and second largest economies respectively, and also have the largest number of Members of the European Parliament (96 for Germany and 81 for France, out of a total of 720). For these reasons, it is customary for the two countries to hold talks before the opening of the Council and to consult each other during the Council.
6/ A change of continent : President Trump has not forgotten demographics, in his own way ; his rhetoric and policies particularly target women, Latinos and immigrants, and he would like to see far fewer of them.
But he is used to contradictions. His administration is reportedly considering a number of policy proposals aimed at increasing the birth rate, including a $5,000 ‘baby bonus’, a ‘motherhood medal’ for women with six or more children, a commitment to reserve 30% of Fulbright scholarships for applicants who are married or have children, and government-funded menstrual education to teach women and girls when they are most likely to become pregnant. In another aspect of his policy, the ‘Fertility President’ he says he wants to be (‘We’re going to have very high, very important fertility rates...’) abolished on 1 April the federal department responsible for monitoring the progress of in vitro fertilisation (IVF) across the United States. The six researchers who made up the team monitoring assisted reproduction techniques at the Centers for Disease Control and Prevention (CDC) were among the mass redundancies carried out by his administration throughout the Department of Health and Human Services.
To conclude provisionally, the American President, like so many others, considers that a pro-natalist, and therefore anti-Malthusian, policy, to ensure that his country has the largest possible population, is desirable. As with the French President, time will tell whether it works !