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Voyage au Japon. A trip to Japan.

jeudi 17 novembre 2022, par Yves

5 semaines au Japon, cet article est nourri de remarques personnelles.
5 weeks in Japan, this article is mainly personal.

La Covid puis une politique très restrictive vis-à-vis de l’entrée dans le territoire avaient écarté du Japon pendant près de 3 ans l’auteur de ces lignes. C’est donc avec soulagement qu’il y a passé 35 jours, comme indiqué sur le visa encore nécessaire au départ pour y accéder.
Une bonne partie de sa famille, de ses amis et de ses souvenirs y vivent, cet article sera donc plus personnel que d’habitude et pose de façon récurrente la question : qu’est-ce qui reste, qu’est-ce qui change dans ce pays réputé immuable ?

- Ce qui a changé ou commencé de changer 
Tôkyô, une des plus grandes villes du monde , où comme ailleurs le rêve est d’avoir une maison et un jardin, n’en finit pas de chercher des solutions.
Le japonologue Edward Seidensticker raconte dans « Tokyo rising » (1990) que les urbanistes du GHQ avaient conçu après la guerre un plan d’aménagement rationnel de la capitale, mais comment convaincre les survivants qui s’étaient immédiatement réinstallés où ils pouvaient que leurs titres de propriété ne leur en donnaient pas le droit ? Au bout d’un an et demie, les autorités américaines d’occupation y ont renoncé, c’est pourquoi même les Japonais continuent de s’y perdre !

Alors, Tôkyô n’arrête pas de chercher des solutions au fouillis urbain et au surpeuplement. La densité dans les grandes villes augmente et avec elle les immeubles. Une amie, voyant ce phénomène jusque dans sa cage d’ascenseur, s’écria « Tôkyô, c’est une grande ville ! » et le soir montrait un peu partout les lumières de la Ville.

Une solution est le télétravail. Là où nous avons eu la chance d’être accueillis, il est quasiment permanent, on ne se réunit au bureau que deux fois par an. Moins de transports (en commun car ce qui n’a pas changé, c’est l’inutilité d’une voiture en ville), moins de fatigue, moins d’espace pour l’entreprise qui transfère le besoin à ses salariés, ce qui fait débat. A se demander parfois si le métro, souvent vide aux heures creuses, est encore rentable.

Le métro, Il y a 20 ans, il était courant d’y voir lire des journaux en papier mais on n’en voit presque plus aujourd’hui. Chacun sur son « smapho » (smartphone), souvent avec des écouteurs sur les oreilles, on est donc refermé dans sa bulle ;

* la TV classique est concurrencée par un grand nombre de web magazines comme ABEMA news. Les chaînes de TV existantes se partagent entre la NHK, sérieuse mais bien corsetée, moins écoutée et les chaînes privées ou la NHK dans sa version payante qui font une large place au divertissement. Cependant chez les moins jeunes, le standard reste le « drama » quotidien de la NHK comme « Tora-san », cette histoire inusable aux 50 épisodes qui représente les joies et les peines du Japon profond avant que la bulle financière ne le transforme dans les grandes villes. A Ine, préfecture de Kyôto, le temps semble s’être arrêté et on y est fier d’avoir été choisi pour un de ces morceaux de bravoure ;
* ce qui n’empêche pas l’uniformisation de progresser. Un pionnier : Mori avec ses tours géantes et jumelles qui ont transformé le quartier Roppongi à Tôkyô ; maintenant, bien peu y échappent et sans la caution d’un musée d’art contemporain, c’est simplement l’argent qui fait la loi, comme autour de chez ces amis qui jouissent encore - c’est rare à Tôkyô- d’un jardin et voient avec inquiétude le propriétaire-occupant approcher des 90 ans ou cette maison de Kyôto qui résiste, entourée de « maisons aux mille fenêtres »…

* C’est aussi le besoin d’argent qui rend obligatoire le travail féminin dans un pays où, comme ailleurs même si ça se voit moins, les inégalités s’accroissent ;

* car le vieillissement est inéluctable dans un pays qui compte déjà plus de 86 OOO centenaires et où la population a commencé en 2010 à diminuer ; cela oblige à réfléchir à des solutions. Une amie me disait il y a des décennies que dans son pays, réfractaire à l’immigration, les robots constituaient une solution. La même amie revue récemment était étonnée d’avoir fait une telle déclaration et il est vrai qu’une immigration choisie - il faut parler un peu japonais et exciper d’une qualification pour obtenir, sans sa famille, un visa de travail pour 3 ans - est maintenant régulièrement admise dans le cadre d’accords bilatéraux de libre-échange ;

* une autre parade, c’est l’électrification. Sony et Honda ont conclu cette année un accord de co-entreprise qui verra la mise sur le marché en 2026 de voitures connectées d’abord haut de gamme ; comme de coutume, le MITI devenu METI facilite et encourage la réussite des grands objectifs en mettant autour de la table des entreprises éventuellement concurrentes autour d’une réalisation commune, comme auparavant l’électroménager ou les magnétoscopes.

* en politique intérieure , les funérailles payées par l’Etat de l’ex-Premier ministre Abe Shinzo assassiné le 8 juillet continuent de diviser ceux qui y sont favorables, minoritaires dans les sondages, et la majorité défavorable. C’est une des raisons de la baisse rapide de popularité du Premier ministre Kishida que les médias évoquent quotidiennement.
M.Kishida fait face à d’autres problèmes dont certains sont anciens : la corruption, notamment liée au financement des JO, le pouvoir du PLD assis sur des sectes religieuses. L’assassinat évoqué ci-dessus a été perpétré par un homme hostile à la secte Moon (sa mère et lui-même s’étaient ruinés en dons au guru qui profitait de la secte) et le degré de lien avec un monde politique qui consomme beaucoup de fonds n’a pas fini d’en révéler l’ampleur (tous les jours ou presque une démission pour cette raison).

* problème de fond, le niveau très bas des taux d’intérêt maintenu par la banque du Japon (« Quantitative easing ») dirigée par l’ex gouverneur de la Banque asiatique de développement, M. Kuroda, choisi par le même Premier ministre Abe pour tenter de limiter la hausse du dollar, valeur refuge en temps de crise ; la réalité, c’est que les Japonais se sentent de plus en plus pauvres et certains vont travailler en Australie ou Nouvelle-Zélande où les salaires sont plus élevés.

* la Covid est toujours là avec un gouvernement qui, comme d’habitude, hésite entre intervention et libéralisme. En fait, il continue à pratiquer l’incitation plus que la règle. Typiquement , tout le monde porte le masque sans qu’il soit besoin pour le gouvernement d’en décider car pour les Japonais, il faut surtout éviter de contaminer et embarrasser les autres. Pourtant, après des déficiences initiales, la contagion de la pandémie enregistre dans l’archipel un taux particulièrement faible. Reste que le dimanche par beau temps et le masque sur le nez, les habitants et quelques rares touristes étrangers sortent, tout heureux de retrouver de l’air après tant d’années de restrictions, souvent volontaires .

 Ce qui n’a pas changé 
La sensation de sécurité. Les Japonais restent extrêmement bienveillants, a fortiori avec un étranger surtout s’il porte un masque comme tous. Les transports en commun sont comme un refuge quand on se perd et on s’est beaucoup perdu…
Le train joue toujours un rôle essentiel, les voies ferrées sont les artères du Japon actif, leur ponctualité et leur propreté sont légendaires. Elle s’impose aussi aux voyageurs, pas question de prendre son temps, le Shinkansen (train rapide) ne s’arrête qu’une minute. Sauf, rappelle Claudine Monteil qui a bien connu S. de Beauvoir : « En 1966, lors de son voyage au Japon, Simone de Beauvoir donne une conférence sur la situation des femmes. Les archives mentionnent 30 000 inscriptions pour seulement 3000 places. Les 27 000 personnes déçues décident alors d’attendre la fin de la conférence pour apercevoir le couple à la sortie. La foule les empêchant de passer et de se rendre à la gare où ils devaient prendre un train, il se passe alors une chose unique au Japon : “on a fait attendre un train pour Beauvoir et Sartre !” Preuve s’il en fallait de l’exceptionnelle popularité des deux intellectuels. »

Aujourd’hui où la francophonie ne dispose plus de ces philosophes mythiques et où les compressions de personnel sévissent aussi, le conducteur du train est aussi celui qui fait les annonces. Comme le racontait un de nos parents conducteur du métro, il est impossible d’empêcher le train de partir en s’y précipitant car une autre rame arrive. Le sachant et étant dûment mis en garde, les voyageurs ne le font pas : ils attendent le train suivant qui ne tarde pas. Et ils y sont bien assis, toujours dans le sens de la marche car tout en observant une rigoureuse ponctualité, les employés se contentent de retourner les sièges avant que le train reparte en sens inverse.

* C’est encore le train qui permet dans un grand confort de découvrir une pimpante station de bord de mer aussi poétique que « le pont de la voûte céleste“ et un peu plus loin Ine où l’on pratiquait la pêche à la baleine jusqu’au 20 ème siècle : s’égarant un peu dans ce site abrité, elles venaient parfois y manger des poissons et se retrouvaient prisonnières et victimes de tout le village qui les chassait au harpon et les enterrait ensuite dans un sanctuaire consacré. Un film vu au Musée de la photo d’Ebisu et tourné par un Japonais représente la même pêche au harpon pratiquée aujourd’hui dans une île indonésienne ; la même chasse à la baleine a incité les bateaux noirs du commandant Perry à menacer le Japon en 1855 car les pêcheurs américains n’y étaient pas assez bien traités, le début d’une longue histoire.

* les Japonaises sont encore brunes : ce n’est pas une information ? Pourtant il y a quelques années sévissait la mode de la blondeur qui n’a plus beaucoup d’adeptes ; en revanche l’habit fait toujours le moine, qu’il s’agisse du costume pour les emplois sérieux ou du « cosplay » pour s’amuser - une Japonaise me disait avant même que j’aille dans son pays qu’une des qualités de l’archipel, c’était de pouvoir s’y amuser comme un enfant.

* Les manga s’adressent à tous, expliquant l’économie ou la littérature comme distrayant les plus jeunes et leur marché pèse actuellement 670 Mds de yen, plus de 4,2 Mds €.

* les grands édifices comme les temples à Kyôto le Tôji, Sanjusangendô et autres musées nationaux dans les deux dernières capitales, sans oublier la « Sky tower » qui a pris le relais de la « Tôkyô tower » : il s’agissait, pour les JO de 1964, de battre la Tour Eiffel et ainsi montrer que le Japon s’était relevé de la guerre, bis repetita.

* la cuisine : okonomiyaki, poissons en sashimi ou en sushi, oden, renkon, croquettes, yakiniku, soba, udon… on s’épuiserait à énumérer tout ce qui fait de la cuisine japonaise une des plus variées au monde mais aussi en permanente évolution créative, telles ces petites pommes de terre parfumées au citron dans un excellent restaurant de sushi ;

* la publicité, souvent américaine, est omniprésente : médias bien sûr mais aussi train, autobus, etc. Les produits de santé y ont leur place, signe évident du vieillissement ;
* à la fatigue de journées trop remplies- on risque même d’en mourir - succède, souvent l’alcool aidant, le relâchement qui va jusqu’à ce que l’endormi se retrouve au dépôt et ces jours-ci se manifeste dans le « happy Halloween », comme si Toussaint était joyeux ( il ne l’est pas à Séoul où la bousculade a tué comme celle d’Akashi au Japon il y a 20 ans, ce que n’ont pas oublié les médias et la police de l’archipel, sur les dents pour que cela ne se reproduise pas) ;

* Gigantisme urbain : un pionnier a été Mori avec ses tours de dizaines d’étages et jumelles qui ont transformé Roppongi ; maintenant, bien peu y échappent et sans la caution d’un musée d’art contemporain, c’est simplement l’argent qui fait la loi comme chez ces amis qui jouissent encore d’un jardin et voient avec inquiétude le propriétaire-occupant approcher des 90 ans…

* les débats autour de la sécurité assurée par Traité par l’armée américaine, le Japon n’ayant pas le droit d’après sa Constitution de faire la guerre. Avatar actuel, le transfert de la base américaine d’Okinawa de Futenma à Henoko, un serpent de mer depuis des décennies car les habitants d’Okinawa qui subissaient déjà le poids de la guerre a partir de 1943 s’y opposent ;

*et enfin puisqu’il faut bien parler géopolitique, s’il est bien un domaine où bien peu a changé depuis la guerre c’est bien celui-là. Le Japon reste entouré de pays hostiles ou adversaires :
pas de traité de paix avec l’URSS puis la Russie depuis qu’ont été occupés les Territoires du Nord du Japon, franche hostilité de l’ex-colonie nord-coréenne : les missiles tombés quasiment tous les jours en mer du Japon de préférence tôt le matin entretiennent la tension, réveillant au passage un ami lecteur et de nombreux autres responsables et simples citoyens. Pyongyang en a lancé plus de 50 depuis le début de l’année - c’est devenu une telle routine que les gens pensent à autre chose en espérant que ça ne leur tombera pas dessus, surtout avec une charge nucléaire ; avec la Corée du Sud, seule autre démocratie de la région, le traitement des « femmes de réconfort » autrement dit livrées à la soldatesque japonaise au pire moment de la guerre en Asie et Pacifique continue de dresser les gouvernements l’un contre l’autre ; enfin la Chine qui pourrait se transformer en ennemi si le Japon était entraîné dans une guerre entre la Chine et Taiwan.

Mais que feraient les Etats-Unis si cela avait lieu et le Japon serait-il atteint par ricochet ?
La présidence Trump a montré que les Etats-Unis restaient en proie à l’obsession du MOGA et les élections de mi-mandat n’ont pas été pleinement rassurantes. Le Japon peut-il compter sur eux ?

Pour terminer, ce récit de voyage a été plus long que de coutume mais comment choisir entre tant d’impressions ? Merci de l’avoir quand même lu.

***

A trip to Japan

Covid and a very restrictive policy vis-à-vis entry into the territory had excluded the author of these lines from Japan for nearly 3 years. It is therefore with relief that he spent 35 days there, as indicated on the visa still required at the beginning to access it.

A good part of his family, friends and memories live there, so this article will be more personal than usual and repeatedly asks the question : what remains, what changes in this country deemed immutable ?

 What has changed or started to change 
Tokyo, one of the largest cities in the world, where as elsewhere the dream is to have a house and a garden, does not stop looking for solutions.
The Japanologist Edward Seidensticker recounts in "Tokyo rising" (1990) that the urban planners of the GHQ had designed after the war a rational development plan for the capital, but how to convince the survivors who had immediately resettled where they could that their title deeds did not give them the right to do so ? After a year and a half, the American occupation authorities have given it up, which is why even the Japanese continue to get lost !

So, Tokyo keeps looking for solutions to the urban jumble and overcrowding. The density in large cities is increasing and with it the buildings. A friend, seeing this phenomenon even in her lift shaft, exclaimed, "Tokyo, it’s a big city !" and in the evening showed the lights of the City everywhere.

One solution is telework. Where we were graced to be welcomed, it is almost permanent, « we only meet at the office twice a year ». Less transport (public one because what has not changed is the uselessness of a car in the city), less fatigue, less space for the company that transfers the need to its employees, which is questionable. One sometimes wonders if the metro, often empty at off-peak hours, is still profitable.

The subway, 20 years ago, it was common to see newspapers read but we hardly see them today. Everyone on his "smapho" (smartphone), often with headphones on his ears, people are closed in a bubble ;

Classic TV is competing with a large number of web magazines such as ABEMA news. The existing TV channels are divided between NHK, serious but well straitjacked, less listened to and private channels or NHK in its paid version which makes a large place for entertainment.
However, among the less young, the standard remains the daily "drama" of NHK like "Tora-san", this indestructible story with 50 episodes that represents the joys and sorrows of deep Japan before the financial bubble transformed it in the big cities. In Ine, Kyoto prefecture, time seems to have stopped and they are proud to have been chosen for one of these pieces of bravura.

This does not prevent standardization from progressing. A pioneer : Mori with its giant and twin towers that transformed the Roppongi district in Tokyo ; now, very few escape it and without the guarantee of a museum of contemporary art, it is simply money that makes the law, as around these friends who still enjoy- it’s rare in Tôkyô- a garden and see with concern the owner-occupant approaching 90 years or this house in Kyoto that resists, surrounded by "houses with a thousand windows".

It is also the need for money that makes women’s work compulsory in a country where, as elsewhere, even if it is less visible, inequalities are increasing.

Because ageing is inevitable in a country that already has more than 86000 centenarians and where the population began to decline in 2010, this forces the archipelago to think about solutions. A friend told me decades ago that in her country, reluctant to immigration, robots were a solution.
The same friend I met recently was astonished to have made such a statement and it is true that selective immigration – candidates have to speak a little Japanese and prove a qualification to obtain, without their family, a work visa for 3 years - is now regularly admitted under bilateral free trade agreements.

Another parade is electrification. Sony and Honda have entered into a joint venture agreement this year that will see the market launch in 2026 of high-end connected cars ; as usual, the MITI, now METI, facilitates and encourages the success of major objectives by bringing possibly competing companies on the same table around a common achievement, as it already happened for household appliances or video recorders.

In domestic politics, the State funded the funeral of former Prime Minister Abe Shinzo, assassinated on July 8, which continues to divide those who are in favor of it, a minority in the polls, and the unfavorable majority. This is one of the reasons for Prime Minister Kishida’s rapid decline in popularity, which the media report on daily.

Mr. Kishida faces other problems, some of which are old : corruption, especially related to the financing of the Olympics, the power of the LDP based on religious sects. The assassination mentioned above was perpetrated by a man hostile to the Moon sect (he and his mother had ruined themselves in donations to the guru who profited from the sect) and the degree of connection with a political world that consumes a lot of funds has not finished revealing its extent (almost every day a resignation for this reason).

A substantive problem is the very low level of interest rates maintained by the Bank of Japan ("Quantitative Easing") led by the former governor of the Asian Development Bank, Mr Kuroda, chosen by the same Prime Minister Abe, to try to limit the rise of the dollar, a safe haven in times of crisis ; the reality is that the Japanese are feeling poorer and some go to work in Australia or New Zealand where wages are higher.

Covid is still there with a government that, as usual, hesitates between intervention and liberalism. In fact, it continues to practice incitement more than rule. Typically, everyone wears the mask without the need for the government to decide because for the Japanese, it is especially necessary to avoid contaminating and embarrassing others. However, after initial deficiencies, the contagion of the pandemic shows a very low rate in Japan. Still, on Sunday in good weather and the mask on the nose, the inhabitants and some rare foreign tourists go out, happy to find air after so many years of restrictions, often voluntary.

What hasn’t changed :

The feeling of security. The Japanese remain extremely benevolent, especially with a foreigner wearing a mask like everyone else. Public transport is like a refuge when you get lost and it is easy to get lost…

The train still plays an essential role, the railways are the arteries of active Japan, their punctuality and cleanliness are legendary. Timing is also imposed on travelers, no question of taking your time, the Shinkansen (fast train) stops only one minute. Except, recalls Claudine Monteil, who knew S. de Beauvoir well : "In 1966, during her trip to Japan, Simone de Beauvoir gave a lecture on the situation of women. The archives mention 30,000 registrations for only 3,000 places. The 27,000 disappointed people then decide to wait until the end of the conference to see the couple at the exit. The crowd prevented them from passing and going to the station where they were to take a train, so something unique to Japan happened : " a train waited for Beauvoir and Sartre !" Proof if any were needed of the exceptional popularity of the two intellectuals. »

Today, when the French-speaking world no longer has these mythical philosophers and where staff cuts are also rampant, the train driver is also the one who makes the announcements. As one of our parents who was a metro driver said, it is impossible to prevent the train from departuring in a rush because another train is coming.

It is also the train that allows, in great comfort, to discover a dapper seaside resort whose name is as poetic as "the bridge of the celestial vault" and a little further Ine where whaling was practiced until the 20th century : getting lost a little in this sheltered site, whales sometimes came to eat fish and found themselves prisoners and victims of the whole village that hunted them with a harpoon and then buried them in a consecrated sanctuary. A film seen at the Ebisu Photo Museum and shot by a Japanese depicts the same spear fishing practiced today on an Indonesian island ; whaling prompted Commander Perry’s black boats to threaten Japan in 1855 because American fishermen were not treated well enough, the beginning of a long history.

Japanese women are still dark haired : no information ? Yet, a few years ago raged the fashion of the blonde which no longer has many followers ; on the other hand, « the habit always makes the monk », whether it is the suit for serious jobs or the "cosplay" to have fun - a Japanese woman told me even before I went to her country that one of the qualities of the archipelago was to be able to have fun like a child.

Manga are for everyone, explaining the economy or literature as entertaining the youngest and their market is currently valued at 670 billion yen, more than 4.2 billion €.

Great buildings such as the temples in Kyoto - Tôji, Sanjusangendô and other national museums in the last two capitals, not to mention the "Sky tower" which took over from the "Tôkyô tower" : it was built for the 1964 Olympics, to beat the Eiffel Tower and thus show that Japan had recovered from the war. Bis repetita.

Cuisine : Okonomiyaki, fish in sashimi or sushi, oden, renkon, croquettes, yakiniku, soba, udon... We would exhaust ourselves listing everything that makes Japanese cuisine one of the most varied in the world but also in constant creative evolution, such as these small potatoes flavored with lemon in an excellent sushi restaurant.

Advertising, often American, is omnipresent : media of course but also train, bus, etc. Health products have their place, a clear sign of aging.

Tiredness of too busy days – some die from it – is followed, often alcohol helping, by relaxation. Some are so sleepy that they run to the depot ; these days relaxation manifests itself in the "happy Halloween", as if Toussaint was joyful - it is not in Seoul where the stampede killed, like that of Akashi in Japan 20 years ago, what the media and the police of the archipelago have not forgotten, caring for that deadly accident not to happen again.

Urban gigantism : a pioneer was Mori with his twin highrise towers that transformed Roppongi ; now, very few escape it and without the guarantee of a museum of contemporary art, it is simply money that makes the law as with those friends who still enjoy a garden and see with concern the owner-occupant approaching 90 years.

Debates around security guaranteed by treaty by the U.S. military, Japan not having the constitutional right to go to war. Current avatar, the transfer of the American base of Okinawa from Futenma to Henoko, a recurring issue for decades because the inhabitants of Okinawa who were already suffering the weight of the war from 1943 oppose it.

And finally, since we must talk about geopolitics, if there is one area where very little has changed since the war, it is this one. Japan remains surrounded by hostile or adversary countries :
no peace treaty with the USSR and then Russia since the Northern Territories of Japan were occupied, frank hostility of the former North Korean colony : the missiles that hit the Sea of Japan almost every day, preferably early in the morning, maintain tension, waking up a reader friend and many other officials and ordinary citizens. Pyongyang has launched more than 50 since the beginning of the year - it’s become such a routine that people think about something else and hope it won’t fall on them, especially with a nuclear warhead ; with South Korea, the only other democracy in the region, the treatment of the "comfort women", i.e. provided to Japanese soldiers at the worst moment of the Pacific war, continues to pit governments against each other ; and China, which could turn into an enemy if Japan were dragged into a war between China and Taiwan.

But what would the United States do if this happened and would Japan be hit by ricochet ?
The Trump presidency has shown that the United States remains plagued by the MOGA obsession and mid-term elections didn’t reassure the authorities. Can Japan count on them ?

Finally, this travelogue was longer than usual but how to choose between so many impressions ? Thanks for reading it anyway.

Yves Carmona