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Japon : Qui a gagné les élections en 2021 ?

lundi 8 novembre 2021, par Yves

Tout porte à croire que c’est Kishida Fumio mais celui qui tire les ficelles, c’est Abe Shinzo.
It seems Kishida Fumio won the elections but the real kingmaker is Abe Shinzo.

{{}} Japon : Qui a gagné les élections en 2021 ? 

Le Premier ministre Kishida Fumio a gagné l’élection au sein du Parti Libéral Démocrate (PLD) puis les élections générales dimanche 31 octobre.Mais il n’appartient pas à la faction Hosoda du PLD où sont inscrits plus du quart des membres du parti majoritaire et que préside l’ancien Premier ministre
[i] et toujours homme fort M.Abe Shinzo, ni à celle que dirige M.Aso Taro. M. Kishida n’est président que de la 5ème faction et a dû principalement aux deux premiers l’élection à la tête du parti face à M.Kono Kato, bien plus populaire car adepte du « parler vrai »

Abe, censé de plus être malade, ne pouvait se représenter et a donc soutenu M.Kishida tout en s’appuyant sur l’extrême-droite de Mme Takaichi Sanaé et en plaçant M.Amari Akira comme secrétaire général. A 81 ans, Aso Taro, un autre pilier des administrations Abe, a abandonné formellement le ministère des Finances mais l’a confié à son beau-frère, M.Shunichi Suzuki, qui partage les choix stratégiques d’Abe et Aso, « faucons » notoires. 

Ce faisant, ceux-ci se conforment à la tradition japonaise du « kuromaku », le rideau noir de la scène avec un peu visible maître en marionnette qui l’anime. Kishida est premier ministre mais ce n’est pas lui qui gouverne, ce sont eux, éminences grises, qui tirent les ficelles.A noter que le PLD comptait 1,136 million de membres soit 0,9% de la population japonaise en 2020, et un peu moins ayant le droit de voter lors du dernier scrutin. Quels sont les enjeux de l’élection générale qui vient de se tenir ? 
En politique intérieure, sans surprise, le pouvoir d’achat des ménages et la vitesse de la reprise constituent avec la Covid le thème principal.
Bien que le Japon ait été moins frappé que d’autres, son premier ministre Suga Yoshihide a dû démissionner à cause de son traitement tardif de la pandémie et de la gestion jugée néfaste des Jeux Olympiques.C’est en politique étrangère que les clivages sont le plus visibles à l’extérieur et portent sur l’insertion du Japon dans son environnement régional
Le PLD tel qu’il est gouverné est belliciste. L’archipel est entouré de puissances hostiles (la Chine) ou agressives (les deux Corée) dont deux, la Chine et la Corée du Nord, sont pourvues de l’arme nucléaire. Le Japon ne peut y répondre du fait des contraintes que lui impose sa Constitution d’après-guerre [ii]  : bien que ses forces armées soient puissantes, elles n’ont le droit que d’auto-défendre le pays et non de se projeter à l’extérieur de ses frontières pour des opérations militaires. Un avion des forces d’auto-défense a pu pour la première fois porter secours à une ressortissante japonaise et emmené au passage quelques dizaines de nationaux lors de la dernière crise afghane.Sa sécurité est assurée, depuis le traité de San Francisco (1952[iii]), par les Etats-Unis.

Comme le confirmait un Webinar, tenu le 22 octobre à Singapour et au Japon, où j’ai eu la chance de poser à l’ambassadeur Iimura (que j’avais brièvement rencontré au cours d’un déjeuner de travail à sa résidence parisienne) la question du rapport entre les réflexions en cours et les élections japonaises, les enjeux extérieurs seront ceux-là, à quoi s’ajoutent ceux propres à l’ASEAN.
Les pays d’Asie du Sud-Est veulent que les Etats-Unis les protègent de la Chine mais surtout ils voudraient ne pas avoir à choisir entre les deux. Ils souhaitent, et l’ambassadeur Iimura parmi eux, rester au centre de l’Asie, c’est le rôle de l’ASEAN Outlook on the Indo-Pacific (AIOP) lancé en 2019, pour l’instant sans résultat ni visibilité hors de la région.
Or le premier ministre Kishida a annoncé un doublement des dépenses militaires tout en invoquant un « nouveau capitalisme » dont le contenu reste à définir. Cela n’a pas empéché deux défaites spectaculaires, celles de M. Amari, un pilier conservateur du système et M.Ishihara Nobuteru, le fils d’Ishihara Shintaro, plus libéral que son père nationaliste. (« Japan that can say no »).

Commentaires : 1/ Ces élections n’intéressent guère hors du Japon. Il est vrai que leur coïncidence avec les chrysanthèmes et surtout avec la COP 26, censée déterminer l’avenir de l’humanité, ne favorise pas leur visibilité .Intéressent-elles les électeurs ? Sans parler des Japonais expatriés à qui les difficultés pour pouvoir voter n’ont pas toujours été surmontées, le taux de participation d’environ 55% a été, à l’instar des scrutins précédents, faible comme si ceux qui auraient pu voter contre le parti au pouvoir s’étaient à l’avance résignés à sa victoire. Le PLD avait avec Kono Kato la dernière occasion de continuer. L’opposition n’a pas réussi cette fois-ci et son principal leader, M. Edano, va sans doute démissionner mais l’opposition finira bien par trouver un candidat crédible [iv]

2/ Car ne nous y trompons pas, si les marchés financiers ont au début bien accueilli cette nouvelle victoire du PLD, le peuple japonais ne s’en réjouit guère : c’est la politique économique qui a fait l’objet d’une attention particulière en fin de campagne.

_ 3/ Or celle-ci a fait ressurgir des interrogations, voire des critiques sur les « trois flèches » d’Abe Shinzo dont les actions ont concentré le regard bien que deux Premiers ministres lui aient succédé.La politique monétaire expansionniste est sous contrôle mais la reflation tarde a produire des résultats et la politique budgétaire bute sur la hausse de la taxe à la consommation, nécessaire pour réduire un déficit qui atteint maintenant les 12,6% du PIB et était déjà de 5% avant la Covid.Très simplement, avec une politique sociale inférieure à celle d’un grand nombre de pays comparables, le gouvernement japonais fait peu pour permettre à ceux du bas de l’échelle et á la classe moyenne de compenser les rémunérations insuffisantes que la crise sanitaire a encore aggravées .

4/ Malgré quelques défaites partielles spectaculaires, le PLD a gardé la majorité sans même avoir besoin de son allié traditionnel le Komeito. Le Premier ministre actuel en est renforcé mais il a dû promettre un « nouveau capitalisme » pour tenter de faire croire qu’il est sensible à ces difficultés .5/ La politique extérieure est rarement un enjeu pour des élections, Cependant, si l’ASEAN n’avance guère, les pays du Sud-Est asiatique sont unis par les préoccupations de plus en plus nombreuses auxquelles ils ont à réagir comme le Japon avec retard : la Covid et ses conséquences économiques bien sûr, le maintien de la centralité de leur ensemble dans un contexte où la montée en puissance de la Chine que confirment les derniers chiffres du commerce extérieur. Elle est numéro 1 de leurs échanges sans parler du risque militaire, et le risque de retrait des Etats-Unis les angoisse. Dans ce contexte régional , on ne peut que remarquer dans le programme du Premier ministre et ancien ministre des affaires étrangères le souhait d’une augmentation des dépenses militaires. Or le Japon a déjà montré qu’une orientation belliciste pouvait se traduire par la guerre in fine nucléaire. Redisons le [v] : tout le monde se pose les mêmes questions et fait référence aux mêmes critères comme les travaux du SIPRI sur la course aux armements engagée dans la région ou l’association des Européens, que je crois nécessaire, et même parfois de la France aux réflexions sur le concept de sécurité indo-pacifique.Il faut ajouter le manque d’intérêt pour la lutte contre les accidents climatiques.Cette focalisation sur la sécurité du Japon, il est vrai menacé par la Corée du Nord et la Chine, mène l’archipel à la confrontation, ce que confirme le bon résultat électoral du parti ultraconservateur de l’innovation basé à Osaka, cœur économique du Japon en perte de vitesse ces dernières années . Or on sait que le militarisme a conduit en d’autres temps à la guerre.Les classes les moins aisées ne veulent pas y être entrainées alors que leur souci principal est de boucler leurs fins de mois, ce qui ne les différencie pas du reste du monde.

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Japan : who won the elections in 2021 ?



The Prime minister Kishida Fumio won the election inside the LDP then the popular vote on Sunday december October 31st.But he doesn’t belong to the main faction inside the LDP where more than a quarter are registered like the former Prime minister and still a strongman Mr Abe Shinzo, neither to Mr’s Aso Taro. Mr Kishida presides the 5th faction and owed tto these two his election to the LDP Presidence, opposed to Mr Kono Kato, much more popular since he liked “speaking the truth”.Abe, supposed to be sick, could not stand for re-election and supported Mr Kishida while on the same time relying on the extreme-rightist Mz Takaichi Sanae and placing as a Secretary general Mr Amari Akira.
The 81 Aso Taro, another backbone of Abe governments, formally gave up with Finance ministry but entrusted his brother-in-law, Mr Suzuki Shunichi who shares strategic options with Abe and Aso, well known “hawks”.
By acting that way, they are in line with the Japanese tradition of “kuromaku”, the black curtain on stage with a not too visible puppet’s master who leads them. Kishida is Prime minister but they, the grey eminences, are in the driving seat.It should be noted that there were 1,136 million members of the LDP in 2020, 0,9% of the Japanese population, and a little less in the last polls. 
What was at stake in these elections ?
In domestic politics, unsurprisingly, purchasing power of the households and the speed of the economic recovery are together with Covid the main issues. Although Japan was less aggrieved than others, its Prime minister Suga Yoshihide had to resign because he was slow to deal with the pandemics and was considered as mishandling the Olympic Games.
It’s in foreign policy that differences are more visible overseas and rely on the way Japan share its regional environment.
LDP the way it is governed is warmongering. The archipelago is bordered with hostile (China) or agressive (both Koreas) powers two of which, China and North Korea, have nuclear weapons. Japan can’t answer because its after-war Constitution imposes constraints : although its armed forces are powerful, there only right is to self-defend the country and not to project itself overseas for military action.
An airplane from the Self Defence Forces went for the first time to Afghanistan and was able to rescue one Japanese national and on its way took a few dozens Afghans during the last crisis.
Its security has been relying since the San Franciso Treaty (1952) on the United States.

As a webinar which happened on October 22nd in Singapore and Japan where I was happy to ask a question to Ambassador Iimura (whom I had briefly met in a working lunch in its Paris residency) confirmed it, the relation between external questions and current elections will be focused on that point, adding to ASEAN issues.
Asian South East countries want the United States to protect them from China but mostly they don’t want to have to choose between them. They want, and Ambassador Iimura among them, to stay as the center of Asia and it is what the ASEAN Outlook on the Indopacific (AIOP), born in 2019, has been designed for. For the time being, there is no result nor visibility outside the region.
Still, Prime minister Kishida announced a twofold increase of military budget while announcing a “new capitalism” which still has to be defined. It didn’t prevent the spectacular defeats of Mr Amari, a conservative backbone of the system and Mr Ishihara Nobuteru, more liberal than his nationalist father Ishihara Shintaro (“Japan that can say no”).

Comments : 1/ Except in Japan, these elections are not of much interest. It’s true that coincidence with chrysanthemums and mostly with COP26, supposed to determine the future of the human kind, is not good for visibility.Are electors interested ? Without mentioning Japanese expatriates whose difficulty to vote wasn’t always overcome, the participation rate, around 55%, was not so strong, samely as the former ballots. It looks like those who could have voted against the powerful party were already resigned to its victory. Kono Kato was LDP’s last chance to continue. The opposition didn’t succeed this time and its main leader, Mr Edano, will probably resign but the opposition will sooner or later find a credible flagbearer.
2/ Let’s not misunderstand, if financial markets were happy at the outcome with the elections result, the Japanese people are not. A particular focus was given to the economic policy at the end of the stomping.
3/ That campaign raises again questions and even criticism about the « three arrows”of Abe Shinzo whose government concentrated the view, although two Prime ministers succeeded him.Monetary expansionist policy is under control but reflation takes time to be effective and budgetary policy goes against the increase of the tax on consumption which would be necessary to reduce a 12.6 % of the GNP deficit that was already 5% before Covid.Simply said, with a social policy which is lower than a great number of comparable countries, the Japanese government doesn’t do much to allow those at the bottom and the middle class to compensate unsufficient revenues which got worse with the sanitary crisis.
4/ Albeit spectacular defeats, the LDP kept the majority without even his traditional ally, the Komeito. The current Prime minister is strengthened but had to commit to a “new capitalism” to try to make believe that he heeded these difficulties.5/ External policy is rarely an issue in elections. However, even with an uneffective ASEAN, countries of South East Asia are united around their growing worries. They are, like Japan, reacting slowly : of course Covid and its economic consequences but also maintaining them a central role while China is more and more powerful, which is what the most recent statistics of trade confirm. PRC is number 1 in their exchanges, not to mention the military risk, and the prospect of an United States retract makes them worry.In this regional context, obviously the Prime minister and former minister of foreign affairs wishes to increase military expanses. Japan already displayed a warmongering orientation which, at the end, could lead to the nuclear war.Let us mention it again : everybody raises the same questions and refer to the same statistics, like SIPRI’S works on the arm’s race which was started in the region or the way Europeans and sometimes France are associated, which I think is necessary, to discussions about the Indo-pacific concept of security. The lack of interest of this power to climate change should be added.That focalisation on security of Japan, indeed threatened by North Korea and China, leads the archipelago to confrontation, which confirms the good result of the « party of innovation » based in Osaka, economic heart of Japan which has faced a downturn these years. However, one knows military rule lead in the past to the war.The least affluent layers of society don’t want to be dragged to it while there main worry is to make ends meet, which is not different of the rest of the world.

[i] Du 26 septembre 2006 au 26 septembre 2007 puis du 26 décembre 2012 au 16 septembre 2020[ii] 3 novembre 1946[iii] Signé le 19 janvier 1952[iv] Question qui ne pose pas qu’au Japon.[v] C’est tellement lassant que les réactions des lecteurs se font rares. 

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